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Prise en charge précoce des patients pour lesquels une craniotomie est envisagée

2018 MISE À JOUR
juin

7.0 Une hémicraniotomie devrait être envisagée comme mesure vitale chez les patients dans les premiers stades d’un AVC ischémique vaste (malin) dans le territoire de l’artère cérébrale moyenne. Il ne faut envisager cette intervention que dans le cas des patients qui sont disposés à accepter un risque important de devoir composer avec un état d’incapacité les rendant dépendants d’autrui pour les activités quotidiennes [niveau de preuve A dans le cas des patients de 18 à 60 ans; niveau de preuve B dans le cas des patients de 60 à 80 ans].

7.1 Sélection des patients

  1. Une hémicraniotomie devrait être envisagée si le patient présente l’un ou l’autre des critères ou une combinaison des critères suivants [niveau de preuve A] :
    1. Les patients de plus de 18 ans;
    2. Les enfants de moins de 18 ans avec syndrome vaste (malin) progressif dans le territoire de l’artère cérébrale moyenne [niveau de preuve C];
    3. Infarctus de l’artère cérébrale moyenne et des signes d’œdème important et d’effet de masse;
    4. Infarctus supérieur à 50 % du territoire de l’artère cérébrale moyenne constaté par inspection visuelle ou lésion ischémique d’un volume dépassant 150 cm3;
  2. Il convient d’envisager la décompression de la fosse postérieure chez certains patients sélectionnés ayant subi un AVC cérébelleux accompagné de signes d’effet de masse ou d’hydrocéphalie [niveau de preuve C].
  3. Si un patient potentiel ne se trouve pas dans un centre de soins complets de l’AVC, il devrait en urgence être transporté vers un centre de soins tertiaires ou quaternaires fournissant des soins avancés de l’AVC et comptant un service de neurochirurgie [niveau de preuve C].

7.2 Évaluation clinique initiale

  1. Une consultation en urgence d’un neurologue ou autre spécialiste de l’AVC est nécessaire pour évaluer et déterminer s’il faut une neurochirurgie [niveau de preuve C].
  2. Une consultation neurochirurgicale en urgence s’impose, soit en personne, par téléphone ou par télémédecine (télé-AVC), pour les patients qui répondent aux critères en vue d’une hémicraniotomie à l’évaluation initiale [niveau de preuve C].
  3. Il faut discuter de la craniotomie avec le patient, la famille et le mandataire spécial [niveau de
    preuve C].

    1. Les sujets clés à aborder avec le patient ou ses mandataires sont le diagnostic et le pronostic si l’AVC n’est pas soigné, les risques entourant la chirurgie, les résultats possibles et probables de la chirurgie, notamment le risque d’incapacité grave, et les souhaits qu’a formulés le patient en cas de maladie catastrophique et dans l’éventualité où il devrait vivre avec un handicap grave.
    2. La discussion avec le patient et ses mandataires doit préciser que la survie est probable, mais qu’il existe un impact incertain sur la qualité de vie et l’incapacitéincapacité. Il est à préciser aussi que même avec un traitement, les bons résultats (MRS 0-2) sont rares.

7.3 Prise en charge du patient avant l’hémicraniotomie

  1. Chez les patients sélectionnés comme candidats d’une hémicraniotomie décompressive, il convient de procéder le plus rapidement possible à l’intervention chirurgicale avant qu’une baisse importante de la note sur l’Échelle de coma de Glasgow ou des modifications du niveau de conscience ne se produisent [niveau de preuve C]. Une intervention dans les 48 heures de l’apparition de l’AVC serait bénéfique [niveau de preuve B].
  2. Le patient doit être transféré dans une unité de soins intensifs ou de soins neurologiques intermédiaires et son état neurologique devrait être fréquemment évalué avant la chirurgie [niveau de preuve C].
    1. Cette surveillance devrait comprendre le niveau de conscience (p. ex., à l’aide de l’échelle neurologique canadienne), la détérioration des symptômes et la pression artérielle, au moins toutes les heures et plus fréquemment si l’état de santé du patient l’exige [niveau de preuve C].
    2. L’équipe de l’AVC et le neurochirurgien devraient être immédiatement avertis d’un changement de l’état de santé et aussitôt réévaluer le patient [niveau de preuve C]. Par changement de l’état de santé, il faut entendre une augmentation dans l’état de somnolence ou le niveau de conscience, un changement supérieur ou égal à 1 point de la CNS ou une augmentation de 4 points de la NIHSS.
    3. Il est recommandé de répéter la TDM ou d’effectuer des TDM en série lorsque l’état de santé neurologique du patient se détériore [niveau de preuve C].
  3. Les patients chez lesquels on soupçonne une élévation de la pression intracrânienne doivent être pris en charge conformément aux protocoles de l’établissement (p. ex., osmothérapie, élévation de la tête du lit du patient) [niveau de preuve C].

La version définitive de cet article a été publiée dans l’International Journal of Stroke par SAGE Publications Ltd. © World Stroke Organization, 2018.
http://journals.sagepub.com/doi/suppl/10.1177/1747493018786616/suppl_file/Supplemental_material.pdf

Justification

Les taux de morbidité et de mortalité lors des soins intermédiaires des patients ayant subi un AVC hémisphérique malin sont plus élevés que pour d’autres sous-groupes de victimes de l’AVC. Il existe des données probantes indiquant que dans certains cas l’hémicraniotomie peut sensiblement réduire le taux de mortalité, mais peut aussi avoir comme résultat une incapacité importante chez certains patients et mener à une dépendance à l’égard d’autrui pour les activités quotidiennes. Le choix de l’hémicraniotomie est une décision au cas par cas et doit reposer sur une évaluation clinique rigoureuse et sur une sélection des patients. Les membres de l’équipe multidisciplinaire de l’AVC doivent participer à cette décision, y compris les neurologues, les neurochirurgiens et le personnel infirmier et des soins intensifs dans le cadre d’un système de soins concerté et coordonné.

Exigences pour le système
  1. Accès en temps opportun à des services de diagnostic, p. ex. la neuro-imagerie, et protocoles donnant la priorité aux patients présumés victimes d’un AVC.
  2. Accès en temps opportun à des soins spécialisés en AVC (unité de soins intensifs en neurologie) et à des neurochirurgiens pour la consultation et la prise en charge du patient, y compris un processus d’orientation rapide si l’hôpital initial ne dispose pas de service de neurologie.
  3. Accès à des soins organisés de l’AVC, idéalement à une unité de soins de l’AVC disposant de la masse critique de personnel ayant une formation spécialisée et d’une équipe de soins de l’AVC interdisciplinaire.
  4. Formation destinée au personnel de l’urgence et hospitalier portant sur les caractéristiques et l’urgence de la prise en charge des patients victimes d’un AVC grave.
Indicateurs de rendement
  1. Taux de mortalité ajusté au risque des patients avec AVC grave qui subissent une hémicraniotomie à l’hôpital, à 30 jours et à un an (prioritaire).
  2. Pourcentage des patients ayant eu une hémicraniotomie qui éprouvent des complications intraopératoires ou décèdent durant la chirurgie ou dans les 24 premières heures après la chirurgie.
  3. Distribution de la capacité fonctionnelle mesurée au congé de l’hôpital et par la suite en milieu extrahospitalier (p. ex., 90 jours, 1 an) par un outil normalisé pour la mesure du niveau fonctionnel.

Notes sur la mesure des indicateurs

  1. Les taux de mortalité devraient être ajustés au risque selon l’âge, le sexe, la gravité de l’AVC et les comorbidités.
  2. La mesure du délai doit débuter à l’heure connue de l’apparition des symptômes ou du triage à l’urgence, le cas échéant.
Ressources pour la mise en œuvre et outils d’application des connaissances

Information à l’intention du dispensateur de soins de santé

Information à l’intention du patient

Résumé des données probantes 2018 (en anglais seulement)

Tableaux de données probantes et liste de référence

The benefit of decompressive hemicraniectomy (versus standard medical treatment) early following malignant middle cerebral artery (MCA) infarction in patients <60 years has been evaluated in three major RCTs, all of which had comparable inclusion criteria and primary outcome measures (DESTINY 1, HAMLET and DECIMAL). In the first DESTINY trial (Juttler et al. 2007), which randomized 32 patients to receive either surgical plus medical treatment or to conservative medical treatment only, there was a trend towards more favourable outcome (mRS 0-3) among patients in the surgical arm at 6 months (47% vs. 27%, (p=0.23; OR=2.44, 95% CI 0.55 to 10.83). Thirty-day survival was significantly higher among patients in the surgical arm (88% vs. 47%, OR=6.4, 95% CI 1.35 to 29.2). In the HAMLET trial (Hofmeijer et al. 2009), while there were no differences between groups in the proportion of patients who had experienced either a good (mRS 0-1) or poor (mRS 4-6) outcome at 1 year, surgery was associated with a 38% absolute risk reduction (95% CI 15 to 60, p=0.002) in 1-year mortality. Patients who received decompressive hemicraniectomy had significantly lower mean physical summary scores on the SF-36 Quality of Life scale, compared with those treated with medical care only (29 vs. 36; mean difference = −8, 95% CI -14 to -1, p = 0.02). No significant differences were found between the two treatment groups with respect to the mental summary score of the SF-36 score, mood, or the proportion of patients or carers dissatisfied with treatment. At 3 years follow-up, a significantly lower percentage of patients in the surgical group had died (26% vs. 63%, p=0.002) (Geurts et al. 2013). In the DECIMAL trial (Vahedi et al. 2007b), while there was no difference in the number of patients with mRS scores of 0-3 between groups at 6 months, a significantly higher proportion of surgical patients had mRS scores of 0-4 and there was also a survival advantage among patients in the surgical arm. The results from all three trials were pooled in a recent Cochrane review (Cruz-Flores et al. 2012), which reported that decompressive hemicraniectomy was associated with a significantly reduced risk of death at the end of follow-up (OR = 0.19, 95% CI 0.09 to 0.37) and the risk of death or severe disability (mRS > 4) at 12 months (OR = 0.26, 95% CI 0.13 to 0.51). Surgery was also associated with a non-significant trend towards increased survival with severe disability (mRS of 4 or 5; OR = 2.45, 95% CI 0.92 to 6.55). No significant between group differences were found for the combined outcome death or moderate disability (mRS 4-6) at the end of follow-up (OR = 0.56, 95% CI 0.27 to 1.15). In a more recent systematic review, which included the results from 7 trials, (Qureshi et al. 2016), similar findings were reported. The odds of a favourable outcome (mRS 0-3) and survival at 6-12 months were significantly increased for patients in the hemicraniectomy group (OR=2.04, 95% CI 1.03-4.02, p=0.04 and OR=5.56, 95% CI 3.40-9.08, p<0.001, respectively).

The upper age limit for decompressive hemicraniectomy in malignant MCA infarct has been a focus of debate, given that the evidence is conflicting. Using data from 276 patients, obtained from 17 case series McKenna et al. (2012) reported that patients 60 years of age and older who underwent surgery had a higher mortality rate and poorer outcome compared with younger patients. In the DECIMAL trial’s surgical group, younger age correlated with better outcomes at 6 months (r = 0.64, p < 0.01) (Vahedi et al., 2007b) . A recent retrospective study investigating decompressive hemicraniectomy in older adults compared the outcomes of individuals aged between 61-70 years and those > 70 years of age (Inamasu et al. 2013). The mortality rate was significantly higher among those in the older cohort (60% vs. 0%, p = 0.01). However, there is also evidence suggesting that older patients also benefit from surgery. Zhao et al (2012) randomized 47 patients, aged 18-80 years, 29 of whom were >60-80 years. Decompressive hemicraniectomy within 48 hours of stroke onset was associated with a significant overall reduction in mortality at both 6 (12.5% vs. 60.9 %, p = 0.001) and 12-month follow-up (16.7% vs. 69.6 %, p < 0.001). In the subgroup of older patients, significantly fewer patients in the surgical arm had an unfavourbale outcome (mRS 5–6) at 6 months (31.2% vs. 92.3%, ARR=61.1%; 95 % CI 34.1 to 88.0) with similar results reported at one year (ARR = 62.5%; 95% CI 38.8 to 86). Authors from the HAMLET trial reported that there was a trend towards greater benefit of surgery in patients between the ages of 51–60 compared with patients 50 years of age or younger (Hofmeijer et al. 2009) . Most recently, in the DESTINY II trial (Juttler et al. 2014), 112 patients ≥61 years admitted with unilateral MCA infarction were randomized to receive conservative treatment or early surgical intervention. A significantly higher proportion of patients in the surgical group were alive and living without severe disability at 6 months (38% vs.18 %, OR=2.91, 95% CI 1.06-7.49, p=0.04). Although no patients in either the surgical or medical care groups had good outcome (mRS score of 0-2) at 6 or 12 months, a significantly higher percentage of patients in the surgical group had mRS scores of 3-4 (38% vs. 16%) and a significantly lower percentage had mRS scores of 5-6 (62% vs. 84%).

Timing of surgical intervention is also an important consideration when deciding whether to perform decompressive hemicraniectomy. In the HAMLET trial there was a significant reduction in both mortality and poor outcome when patients were randomized to surgery within 48 hours of stroke onset, with no significant benefit when patients received surgery within 96 hours (Hofmeijer et al., 2009) . However, in pooled analysis using the sub group results from the DECIMAL, DESTNY I and HAMLET trials examining the outcomes of patients treated within 24 hours vs. >24 hours following stroke onset, no differences in outcome were reported (Vahedi et al., 2007a) . Taken together, these findings suggest that the appropriate time interval to perform decompressive hemicraniectomy may be within 48 hours, further research is needed to determine if earlier treatment (e.g., with 24 hours) is associated with superior outcomes.

There is insufficient evidence to recommend the use of corticosteroids to reduce cerebral edema and intracranial pressure following acute ischemic stroke. The results from a Cochrane review (Sandercock & Sloane 2011) included the results from 8 RCTs (466 participants). Pooling of data was only possible for the outcome of death. The use of corticosteroids (versus) placebo was not associated with a reduced risk of death at one month (OR=0.97, 95% CI 0.63-1.47, p=0.87) or one year after stroke (OR=0.87, 95% CI 0.57-1.34, p=0.53).